L’inceste, on en parle au théâtre

IMG_fleur

Samedi soir, le centre culturel français accueillait la pièce « Petite fleur » écrite par Fargass Assandé, comédien, auteur et metteur en scène ivoirien. L’occasion d’aborder des sujets parmi les plus tabous, que ce soit en Afrique ou ailleurs : le viol, l’inceste, la pédophilie.

Fargass Assandé a bénéficié d’une résidence pour l’écriture de cette pièce, au théâtre de Cahors, auquel sa compagnie, N’Zassa, est associée pour trois ans.

Le concept de la pièce, une voix, un corps, un instrument de musique, se prête très bien au sujet difficile de l’inceste et du tabou qu’il entraîne tant au sein de la famille qu’aux yeux de la société. Une comédienne, un danseur et un saxophoniste sont côte à côte sur la scène, mais ne se croisent presque jamais. Leurs trois voix se font écho, se répondent de manière subtile, chacune à sa manière.

Le texte est dur, sans concession, même si à certains moments il se perd un peu. Le décor est minimaliste mais très évocateur (une chaise électrique et des chaînes qui pendent) et les jeux de lumière révèlent ou masquent tour à tour les protagonistes à des moments-clés de la pièce.

La comédienne porte très bien ce sujet difficile, et dès le début de la pièce on est terrifié de la voir et de l’entendre, acculée au mur au milieu du public, martelant tantôt faiblement tantôt en criant « Salope ! Pétasse ! Soupe populaire ! Dégueulasse ! ». Le texte fort, sans vulgarité ni descriptions inutiles, nous entraîne dans l’univers morbide de l’enfant violée, incomprise et rejetée par sa propre mère au nom de la préservation de l’honneur de la famille. La pièce dénonce sans accuser, peut-être pour mieux mettre le spectateur en position de réflexion constructive et non de rejet d’un débat nécessaire.

Comme le dit très justement l’auteur, « Notre intention vise à briser tous les tabous qui rendent impunis les violeurs. Loin de nous l’idée qu’un spectacle résoudrait ce désastre. Mais il contribuera à évoquer la question, libérer la parole. Ailleurs, en Europe et dans les Amériques, la question demeure préoccupante certes, mais on en parle de plus en plus, des livres et autres témoignages nous édifient sur ce climat de peur et de crainte. »

Il est très intéressant que cette pièce ait été écrite par un homme. Dommage que la salle n’ait pas été pleine. La période s’y prêtait peu, et peut-être que le sujet de la pièce lui-même en a rebuté certains. Il est également dommage que ce genre de pièce ne soit pas joué dans d’autres cadres que celui, très institutionnel, du CCF.

Perrine Del Jesus

Crédits photo : Marie-Anna Tsagouris

About the Author