DEF du Cinquantenaire : la catastrophe !

©Seydou Camara / Entrée de l'école OPAM

Les résultats du Diplôme d’Études Fondamentales (DEF*) sont tombés enfin ! Un peu plus d’un mois après la composition. Ce temps d’attente déjà n’augurait rien de bon. Mais de là à imaginer que le Mali aurait fait 32,5 % d’admis (contre plus de 67 % en 2009) à ce qui est désormais devenu le premier diplôme de l’école malienne, il y avait un pas que personne n’aurait osé franchir ! Le drame, c’est que des écoles ont eu 0 % comme taux d’admission ! On peut citer entre autres les écoles fondamentales OPAM de la Commune II et Ba Nassou de la Commune IV.

« Voici le vrai visage de l’école malienne minée par le favoritisme, le laxisme et l’absentéisme », disent ceux qui soutiennent la nouvelle réforme. Cette réforme qui a introduit toutes les neufs (09) disciplines de la 9ème Année dans l’examen contrairement aux années précédentes où les élèves ne composaient que dans les matières dites « principales » (Mathématiques, Physiques-Chimie, Dictée-Questions, Rédaction et Anglais). En outre, la nouvelle réforme ne prend pas en compte les moyennes de classe comme par le passé. Pour tous ceux qui militent en faveur d’une école plus performante, cette réforme est salutaire même si les premières années vont être difficiles à digérer pour les élèves et leurs parents. « On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs », nous dit un parent d’élèves dont l’enfant vient d’échouer lamentablement.

©A. Traoré / Un élève sur sa copie (Archives de l'Association Écritures des Suds)

Mais il y a aussi ceux qui auraient souhaité que les choses ne changent pas si
« brutalement ». Selon Madame Diallo Safiatou, parente d’élève déçue, « le gouvernement devait d’abord penser à mieux former les enseignants avant de s’en prendre aux pauvres élèves qui ne sont que des moutons du sacrifice d’une école pourrie dont les enseignants n’ont aucune compétence parce que mal formés… » Aux dires de cette femme révoltée, en attendant la nouvelle vague d’enseignants compétents, on devait garder le statu quo. Mais tout le monde n’est pas d’accord avec cette opinion, comme Madame Traoré Sirata qui réagit ainsi : « Vous oubliez qu’il faut toujours commencer une réforme quelque part. Quand cette vague d’enseignants compétents commencera, ce que nous vivons aujourd’hui se produira forcément. Il ne faut pas être égoïste, Madame. Ma fille a été classée deuxième de sa classe tout le long de l’année mais elle vient d’échouer. Je n’en fais pas un drame même si je suis peinée, parce que je suis consciente qu’elle était très faible en leçons et en français. Le sort a voulu que la réforme commence par nos enfants, alors acceptons ce sacrifice aujourd’hui… »

A l’école OPAM, c’est une ambiance de deuil ! Pas un seul élèves admis dans quatre classes de 9ème Année ! Un professeur ironise sans se faire entendre par des parents d’élèves qui pleurent avec leurs enfants : « Tout le monde ne pouvait pas avoir sa part de gâteau du DEF du Cinquantenaire ! » La cour est devenue un étrange cimetière où déambulent des corps sans âme, sans espoir.
Par moments, on entend des parents d’élèves insulter très grossièrement les enseignants qui sont accusés d’avoir conduit les enfants à l’abattoir.

Avenue223 a fait sa petite enquête aux alentours de l’école OPAM, auprès de quelques parents d’élèves. La plupart des personnes rencontrées pensent que la faute de ce mauvais résultat incombe aux élèves et que les enseignants et les responsables de cette école font de leur mieux pour faire travailler les enfants. Madame Djénéba Diarra confirme : « Les élèves de cette école préfèrent former un grin autour du thé à côté de l’école, plutôt que d’aller en classe. Il arrive même des fois où j’interviens pour leur demander de rentrer dans la cour de l’école tout en leur prodiguant des conseils, mais c’est rare qu’ils m’écoutent. Les parents d’élèves aussi sont fautifs car, ils devraient être réguliers à l’école pour s’informer sur la performance scolaire de leurs enfants, mais ils ne le font pas et se laissent surprendre par de mauvais résultats en fin d’année… »

Un peu plus loin, une autre parente d’élève, Madame Korotoum Kouyaté ne comprend pas ce qui vient de se passer : « Ma fille va régulièrement à l’école et elle est très studieuse. Je paye un professeur pour lui donner des cours de maths à domicile. En classe, elle a annuellement 13 de moyenne. Alors comment peut-elle échouer ? Jamais je ne pardonnerai aux enseignants l’échec de ma fille ! Je crois que ce sont les pauvres qui payent le prix de la défaillance du système éducatif malien. On ne veut pas de la réussite des enfants de pauvres dans ce pays ! »

Mais mademoiselle Ayoko Kouégnan, la fille de Korotoumou qui a 15 ans et fait la classe de 9ème Année B1 à l’OPAM, nous a révélé que « les profs n’y sont pour
rien ».
Elle avoue n’avoir rien compris dans les épreuves de maths et de physiques-chimie. Elle dit aussi n’avoir jamais lu une œuvre littéraire et que sa plus grande passion, c’est la télévision, à travers les télénovelas qu’elle ne veut rater pour rien au monde.
Alors, à qui la faute, si le DEF du Cinquantenaire a été si dramatique ? Les élèves, les parents, les enseignants ou le gouvernement ? Un bon sujet de réflexion pour les vacances, en attendant le DEF 2011.

Seydou Camara et Shalom

* Le DEF est l’équivalent du BEPC (Brevet d’Études du Premier Cycle) dans le système français appliqué dans la plupart des pays de la sous-région. La 9ème Année équivaut à la classe de 4ème alors que le BEPC se passe en classe de 3ème. L’une des différence fondamentale entre le système malien et celui de la majorité des pays francophones de la sous-région est que le cursus de la première année de scolarisation à la classe de Terminale dure 12 ans au Mali et 13 ans dans les pays qui suivent le système français.

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